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Créer une entreprise dans un quartier sensible

Les quartiers sensibles offrent de belles opportunités aux créateurs d'entreprises. Que ce soit dans le commerce ou les services aux particuliers.

Quartiers sensibles

© Jérôme Augereau

La création d'entreprises s'enracine dans les quartiers sensibles. Les quartiers bénéficiant des dispositifs de la politique de la ville (zones franches urbaines, zones de redynamisation urbaine et zones urbaines sensibles) créent plus d'entreprises que les quartiers de même taille.

Selon l'observatoire national des zones urbaines sensibles dévoilé lors d'une table ronde organisée par l'AJPME*, la part des créations pures a représenté en 2006 dans les premiers 66 % des créations contre 61 % pour les seconds. « Plusieurs facteurs expliquent cette propension plus forte à créer son entreprise », rappelle Sébastien Chaze, responsable des actions quartiers à l'Adie, un réseau qui accompagne les personnes exclues du système bancaire dans la création d'entreprise.

« Les chômeurs créent leur entreprise car ils rencontrent de grandes difficultés à trouver un emploi salarié. Ces personnes nées à l'étranger possèdent aussi une culture entrepreneuriale plus forte. Émigrer dans un pays fait en effet partie d'un projet dont le travail est un élément indispensable. » Le développement de la création d'entreprise s'explique également par la légalisation d'activités.

Certains entrepreneurs qui exerçaient sans être déclarés ont décidé de franchir le pas soit pour gagner plus, soit pour accéder à des marchés plus significatifs. Le commerce représente le principal secteur avec 45 % des créations d'entreprises selon une étude de l'Adie. Les commerces non sédentaires présents sur les marchés sont prépondérants. Les services (coiffeur à domicile, nettoyage, livraison) et le bâtiment représentent respectivement 24 et 14 %.

Accompagnement nécessaire

Si la création d'entreprise est dynamique, encore faut-il accompagner ces créateurs tout au long de leur projet. Financé par la caisse des dépôts et consignations, l'amorçage est l'une des étapes clés de ce parcours. Il s'agit de sensibiliser les habitants à la création d'entreprise, les aider à formaliser leur projet et les orienter vers les structures adéquates comme les banques, les réseaux d'accompagnement.

« L'amorçage est aussi un accompagnement social et humain », rappelle Sylvie Beugnet, responsable de Versant Nord Est initiative (VNEI) qui aide les créateurs d'entreprise de Roubaix, Tourcoing et de la vallée de la Lys. « Ces personnes sont en effet confrontées à des problèmes annexes comme le logement, l'argent. » Dans le cadre de cet amorçage de projets, VNEI a collaboré avec la Communauté urbaine de Lille pour identifier les activités qui faisaient défaut dans les quartiers.

Un marché a notamment vu le jour dans le quartier Bourgogne à Tourcoing. D'autres activités ont aussi été aidées par ce réseau. « Les quartiers sont également dépourvus de commerces non alimentaires, associés à la détente et au bien-être, constate Sylvie Beugnet. Un institut de beauté a ainsi vu le jour. Plus qu'un lieu de vente, cet institut a permis aux femmes du quartier de se rencontrer. » Les réseaux d'accompagnement jouent aussi un rôle majeur dans le financement des projets.

L'Adie accorde aux créateurs après examen de leur dossier des prêts de 2 500 € avec intérêts, des montants faibles qui n'intéressent pas les banquiers. « Pour un banquier, ces prêts ne sont pas rentables », précise Sébastien Chaze qui rappelle que « les créateurs d'entreprises des quartiers sensibles ont des projets tout aussi ambitieux que les autres porteurs de projets. »

Des prêts d'honneur peuvent être aussi accordés aux créateurs sans intérêts, ni garanties. D'autres aides comme des crédits dédiés aux jeunes créateurs ou des primes attribuées par les conseils régionaux complètent le plan de financement des entrepreneurs.

Suivis trois ans

Le financement en poche, les entrepreneurs sont suivis et conseillés par les réseaux pour les aider à démarrer et développer leur entreprise dans les meilleures conditions. Des formations collectives sur la gestion, l'organisation administrative de l'entreprise, sont proposées. L'Adie met à la disposition des créateurs l'expertise d'un cabinet d'avocats.

Des parrains peuvent aussi épauler ces entrepreneurs, l'un des chevaux de bataille de France Initiative présidée par Bernard Bruhnes. « Ce parrainage est d'autant plus important que ces entrepreneurs sont éloignés de la création d'entreprise au début de leur projet », observe Gyl Coppey, adjoint à la délégation générale de France initiative.

« Nos parrains qui sont souvent d'anciens chefs d'entreprise sont là pour les aider et les soutenir. Ils leur permettent d'avoir confiance en eux. Nous avons d'ailleurs lancé en début d'année un programme de perfectionnement destiné aux parrains. Quatre cents d'entre eux suivront une formation axée sur les techniques relationnelles pour communiquer en fonction de la culture des créateurs. »

J. Augereau © bureaux-commerces.com - 1 févr. 2010 - Contacter la rédaction

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