Signer un bail commercial
Les entreprises qui exercent une activité industrielle, commerciale ou
artisanale peuvent signer un bail commercial. Avantage : le locataire bénéficie
d’une certaine stabilité en pouvant renouveler son bail à plusieurs reprises
(c’est ce qu’on appelle la propriété commerciale). Inconvénient : c’est un
document souvent difficile à rédiger sans une bonne connaissance juridique.
Bail commercial : les trois éléments clés
Un local commercial
Un bail commercial porte obligatoirement sur des locaux à usage commercial ou
artisanal (ce qui exclus les locaux d'habitation).
Le local doit être répertorié comme tel au regard des
règles d’urbanisme. En cas d’hésitation, renseignez-vous auprès de votre mairie
ou de votre préfecture : tout bail qui
serait conclu en infraction avec la destination légale des lieux serait frappé
de nullité.
Autre impératif, il doit s’agir d’un véritable local à usage privatif.
Selon la jurisprudence, il doit être clos, couvert et susceptible de recevoir de la clientèle,
ce qui exclut les étalages de plein air ou les stands de supermarché.
Conseil : si le local est situé dans une copropriété,
assurez-vous que le règlement de copropriété autorise la location à usage
commercial.
Un locataire commerçant
Les locataires signataires d’un bail commercial peuvent être :
- un commerçant,
- un chef d’entreprise régulièrement inscrit au Registre du commerce,
- un artisan inscrit au Répertoire des métiers.
Ainsi, le statut du bail commercial ne peut s’appliquer à un locataire non
commerçant, même si le local a lui-même un caractère commercial. Les professions
libérales ne bénéficient donc pas de ce statut protecteur. Elles sont soumises à
celui des baux professionnels.
Bon à savoir : le greffe du tribunal de commerce demande
toujours le bail au locataire avant de procéder à son immatriculation. Les
propriétaires, quant à eux, attendent souvent le récépissé du Registre du
commerce avant de consentir le bail. Dès lors, quelles sont les solutions pour
le bailleur ? Soit il signe le bail en faisant confiance au locataire, soit il
lui demande d’obtenir un récépissé provisoire de dépôt de demande
d’immatriculation au Registre du commerce et des sociétés. Dans tous les cas,
c’est au moment du renouvellement du bail que l’inscription est essentielle :
sans elle, en effet, le droit au renouvellement n’existe plus.
Un fonds de commerce
L’application du statut des baux commerciaux est également subordonnée à
l’existence d’un fonds exploité dans les lieux. Le locataire doit y exercer une
véritable activité commerciale. Rappelons qu’un fonds de commerce est constitué
de tout ce qui permet au commerçant de pratiquer son activité. Il s’agit d’une
part d’éléments corporels (agencements, matériel et outillage) et, d’autre part,
d’éléments incorporels (clientèle, achalandage, enseigne, nom commercial et
droit au bail).
Rédiger le bail commercial
La forme
La loi n’impose aucune forme particulière. Le recours à un notaire n’est pas
obligatoire sauf si le bail est conclu pour une durée supérieure à douze années.
Il est toutefois fortement conseillé, voire indispensable, de rédiger un contrat
écrit afin d’éviter toutes difficultés.
La durée du bail
Le bail commercial est conclu pour une durée minimale de neuf ans. Il est
impossible de déroger à cette disposition. Cependant, une durée supérieure peut
être décidée par les parties.
Attention !
Toute sous-location totale ou partielle est interdite. Sauf clause particulière dans le bail.
La résiliation
Le bailleur ne peut donner congé avant l’expiration du bail, c’est-à-dire
avant le terme des neuf ans. S’il ne souhaite pas renouveler le contrat lors de
cette échéance et qu’il ne peut invoquer un motif légitime et sérieux, il sera
tenu d’indemniser le locataire.
À noter : toutefois, dans des conditions très
limitatives (travaux de reconstruction, surélévation), le propriétaire peut donner congé au bout de
trois ans moyennant une indemnité d’éviction ou en proposant au locataire un
local de remplacement. Celui-ci a, quant à lui, la possibilité de résilier le
bail tous les trois ans, moyennant un préavis de six mois délivré par
huissier.
Le loyer
Le loyer du bail commercial est fixé librement entre les parties. L’état du
marché, les caractéristiques du local ou encore les diverses clauses du bail
(tous commerces, etc.) seront pris en compte pour sa fixation.
Le dépôt de garantie
C’est une somme d’argent versée par le locataire au bailleur lors de l’entrée
dans les lieux pour le garantir de la bonne exécution des obligations du
contrat. Il est en principe restitué lors du départ du locataire, déduction
faite des sommes restant dues par le locataire au propriétaire.
Le dépôt de
garantie ne doit pas être confondu avec le pas-de-porte, ou droit d’entrée, qui
reste acquis au bailleur. Selon l’article L 145-40 du Nouveau
Code de commerce (ancien article 24 du décret de 1953), le montant du dépôt de
garantie ne doit pas dépasser deux termes de loyer. À défaut, les sommes
supérieures à ce montant portent les intérêts au taux légal au profit du
locataire.
Attention : la loi parle de deux termes. Lorsque le
loyer est payable par trimestre, deux termes correspondent à six mois de loyer.
En revanche, si vous décidez d’un paiement mensuel, ils correspondent à deux
mois de loyer.
Bon à savoir : il est courant de prévoir dans le bail
l’actualisation du dépôt de garantie lors de chaque révision de loyer, de sorte
qu’il corresponde toujours à la fraction annuelle de loyer convenue. Les
contrats édités par nos soins comportent une telle clause.
La révision du loyer
Deux modalités de révision du loyer en cours de location sont généralement
envisagées : la révision triennale et l’indexation conventionnelle ou clause
d’échelle mobile.
Les charges
Le statut des baux commerciaux laisse une totale liberté aux parties sur ce
point. Le contrat doit donc prévoir les charges que devra acquitter le
locataire. Il peut s’agir des charges récupérables par le propriétaire telles
que définies pour les baux d’habitation, soit :
- les dépenses locatives telles que consommation d’eau, d’électricité et
fournitures individuelles, payées directement par le locataire ou
remboursées au bailleur ;
- les charges de copropriété relatives aux prestations collectives ou
aux éléments d’équipements communs (comme le chauffage) ;
- les droits et taxes locatives comme la contribution sur les revenus
locatifs (CRL) dans les rares cas où elle subsiste et la taxe d’enlèvement
des ordures ménagères, etc.
Mais le contrat peut mettre à la charge du locataire des
frais ou taxes incombant normalement au propriétaire tels que la taxe foncière,
l’assurance de l’immeuble, etc. Tous ces points sont à vérifier... et à
négocier le cas échéant. Le contrat doit enfin prévoir les modalités de paiement
de ces charges. Même si un versement forfaitaire peut être stipulé, nous lui
préférons le versement d’une provision avec régularisation annuelle en fonction
des charges réelles. Le propriétaire devra également indiquer la répartition des
charges de copropriété pour ce local qui résulte du règlement de copropriété de
l’immeuble.
Les réparations
Les réparations locatives sont fixées d’un commun accord. Le plus souvent,
le locataire doit supporter toutes les réparations, à l’exception des grosses
réparations définies par l’article 606 du Code civil, c’est-à-dire « celles des
gros murs et des voûtes, le rétablissement des poutres et des couvertures
entières, celui des digues et des murs de soutènement et de clôture aussi en
entier. Toutes les autres réparations sont d’entretien ».
Il n’est pas toujours
facile de savoir si telle ou telle réparation est à la charge du locataire ou du
propriétaire. Les tribunaux retiennent l’importance matérielle de la réparation et le
caractère exceptionnel de la dépense pour qualifier les travaux de grosses
réparations à la charge du propriétaire.
La fin du bail
À l’échéance du bail, le bailleur peut soit proposer le renouvellement au
locataire, soit le lui refuser. Mais, dans ce dernier cas, il sera tenu de lui
verser une indemnité d’éviction. Cependant, pour pouvoir prétendre au
renouvellement, le locataire doit impérativement remplir certaines conditions.
- Il doit être simultanément titulaire du bail et propriétaire du fonds.
- Il doit avoir exploité le fonds au moins pendant les trois dernières années
précédant l’expiration du contrat.
- Il doit en outre être inscrit au registre du
commerce. En effet, c’est lors du renouvellement du bail que cette inscription
revêt toute son importance. Sans inscription, la protection résultant du statut
des baux commerciaux ne s’applique pas. Dans cette hypothèse, le locataire n’a
pas droit au renouvellement de son bail, ni à aucune indemnité. Il en est de
même si le bailleur invoque un motif grave et légitime à son encontre (non-paiement
des loyers, défaut d’entretien des lieux loués par exemple).
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